Adolescence difficile : pourquoi l'approche de Marie-Rose Moro redonne de l'espoir aux familles?

Table des matières

I. Introduction : mieux comprendre pour mieux accompagner

Si l’adolescence a toujours été synonyme de grands bouleversements, la donne a changé. Les troubles anxieux se multiplient et laissent de nombreuses familles démunies face à un phénomène précis : l’incapacité soudaine de leur enfant à franchir le portail de l’école.

C’est une réalité que nous connaissons bien à l’École Maigret. En tant que Lycée d’enseignement général, nous accueillons quotidiennement des adolescents aux parcours singuliers, souvent freinés par des troubles des apprentissages ou une phobie scolaire. Notre mission est de leur permettre de décrocher leur baccalauréat malgré ces obstacles.

Mais pour accompagner un jeune, il faut d’abord le comprendre. C’est ici que les travaux de Marie-Rose Moro sont précieux.

Précisons-le d’emblée : le Docteur Moro n’intervient pas dans notre établissement et son approche est strictement psychiatrique, alors que notre vocation est purement pédagogique. Cependant, ses écrits offrent des clés de lecture essentielles. L’objectif de cet article est de vous présenter une bibliographie sélective pour vous aider, en tant que parents, à décrypter le mal-être de votre enfant, pendant que nous nous chargeons de sa réussite scolaire.

 

II. Parcours professionnel et scientifique

Pour saisir la pertinence de ses travaux, il faut d’abord comprendre d’où vient Marie-Rose Moro et ce qui a forgé sa vision singulière de la psychiatrie.

 

1. Formation et influences théoriques

Son parcours est marqué par une double exigence : comprendre le corps et comprendre l’esprit, tout en n’oubliant jamais le contexte culturel. Après des études de médecine et une spécialisation en pédopsychiatrie, elle ne s’est pas contentée d’une approche classique. 

 

Elle s’est très tôt intéressée à la psychanalyse et à l’anthropologie. Elle est l’une des pionnières en France de l’ethnopsychiatrie (ou clinique transculturelle), une discipline qui postule que l’on ne peut soigner un patient sans comprendre sa culture, sa langue maternelle et ses représentations du monde.

 

2. Fonctions institutionnelles

Au-delà de la théorie, Marie-Rose Moro est une femme de terrain. Sa direction de la Maison de Solenn a permis de mettre en lumière un modèle de soin innovant. Elle a également joué un rôle moteur dans le développement du réseau des Maisons des Adolescents (MDA) à travers toute la France. 

 

L’idée est d’offrir un véritable sas de décompression. Dans ces lieux, la parole se libère sans jugement. C’est souvent là, dans cet espace neutre, que les familles et les adolescents trouvent enfin une main tendue pour éviter que les difficultés ne s’installent pour de bon.

 

3. Une clinique qui voyage : l’apport du transculturel

Marie-Rose Moro défend une conviction forte : on ne soigne pas quelqu’un en ignorant d’où il vient. Au lieu de mettre la culture ou les origines entre parenthèses, elle s’en sert pour construire des ponts et débloquer des situations qui semblaient figées. 

 

Elle utilise des outils spécifiques comme les consultations transculturelles (avec interprètes et co-thérapeutes) ou les groupes de parole familiaux. Pour elle, la santé mentale ne se décrète pas de l’extérieur ; elle se construit en tissant des liens entre l’histoire de la famille (parfois marquée par la migration ou le trauma) et la vie actuelle de l’adolescent en France.

 

III. Regard de Marie-Rose Moro sur les adolescents d’aujourd’hui

Si vous êtes parent d’un adolescent, vous vous demandez peut-être : « Est-ce normal qu’il soit si anxieux ? » ou « Pourquoi l’école est-elle devenue si difficile ? ». Marie-Rose Moro apporte des réponses nuancées, loin des discours alarmistes ou, à l’inverse, banalisants.

 

1. Comprendre la vulnérabilité adolescente

Pour Moro, l’adolescence est par essence une période de vulnérabilité. C’est le moment où le corps change, où la pensée se remanie et où l’on doit se séparer psychiquement de ses parents pour devenir soi-même. Cette « mue » rend les jeunes particulièrement poreux à l’anxiété. Elle souligne souvent que les troubles, y compris les ruptures scolaires, sont des symptômes de cette fragilité structurelle exacerbée par l’environnement, et non de simples caprices.

 

2. École et souffrance psychique

L’école est souvent le lieu où cristallisent les angoisses : peur du jugement, pression des notes, sentiment d’échec. Pour certains jeunes, l’établissement scolaire classique devient un environnement insupportable.

 

Marie-Rose Moro insiste sur l’importance du lien avec les adultes et de la sécurité affective. C’est précisément ce que nous mettons en œuvre au sein de notre lycée. Si nous ne prodiguons pas de soins médicaux, nous savons qu’un cadre bienveillant, des petits effectifs et une écoute attentive sont les conditions sine qua non pour réconcilier l’adolescent avec les études.

 

3. Un monde qui a changé

Marie-Rose Moro porte aussi un regard lucide sur notre époque. Elle pointe du doigt un mélange explosif : d’un côté, l’obligation de réussir à l’école, de l’autre, la tyrannie des écrans. 

 

Aujourd’hui, un ado ne joue pas seulement sa vie sur ses notes, mais aussi sur son image en ligne. Cela donne une tout autre lecture du repli sur soi. Voir un ado se calfeutrer dans sa chambre ne signifie pas forcément qu’il rejette sa famille ou qu’il y met de la mauvaise volonté. C’est souvent, tout simplement, sa manière de se mettre à l’abri quand le quotidien devient trop lourd.

 

IV. La phobie scolaire : au-delà des préjugés

C’est sur ce terrain précis – le refus scolaire anxieux – que l’éclairage de Marie-Rose Moro s’avère indispensable. Elle permet de remettre les choses à leur place et d’aider les familles à y voir plus clair. Elle a largement contribué à changer notre regard sur ce trouble complexe.

 

1. De quoi parle-t-on exactement ?

Elle reprend souvent les bases posées par le psychiatre Julian de Ajurriaguerra pour insister sur un point capital : non, la phobie scolaire n’est pas de la paresse. Il faut tordre le cou à cette idée. C’est un refus irrationnel d’aller à l’école accompagné d’une panique intense. 

 

L’enfant veut souvent y aller, mais il ne peut pas. Il y a une distinction nette à faire avec l’école buissonnière ou le manque d’intérêt pour les études. Ici, c’est l’angoisse qui est aux commandes.

 

2. Symptômes et manifestations

Pour les parents, il est crucial de repérer les signes avant-coureurs que Moro décrit dans ses ouvrages et conférences :

 

  • Plaintes somatiques : maux de ventre, nausées, maux de tête, souvent le matin ou le dimanche soir.
  • Crises d’angoisse : pleurs, agitation, tétanie au moment de partir.
  • Évitements : lenteur extrême à se préparer, enfermement dans la chambre.
  • Renoncement à penser : comme elle le note, l’angoisse peut être telle qu’elle paralyse les capacités cognitives de l’élève.

 

Les conséquences sociales sont rapides : isolement, désynchronisation du rythme de vie (vivre la nuit, dormir le jour) et tensions familiales majeures.

 

3. Facteurs d’origine

Marie-Rose Moro combat l’idée d’une cause unique. Si l’anxiété de séparation est souvent évoquée (peur de quitter la maison), la causalité est multifactorielle. Le harcèlement scolaire, une pression académique inadaptée, un deuil familial ou simplement une hypersensibilité peuvent être des déclencheurs. L’important est de comprendre le vécu subjectif du jeune : pourquoi, pour lui, l’école est-elle devenue un danger ?

 

4. Données chiffrées et contexte

Ses travaux s’appuient sur des données probantes. La phobie scolaire concernerait 2 à 5 % des enfants d’âge scolaire, mais ce chiffre grimpe à 5-8 % en pédopsychiatrie. À la Maison de Solenn, cela représente environ 10 % des consultations, ce qui est considérable. 

 

Elle cite souvent l’exemple du Japon, où ce taux est extrêmement élevé (60 à 70 % des motifs de consultation), pour montrer que la pression sociétale sur la réussite joue un rôle prépondérant.

 

V. Approche thérapeutique de Moro : une prise en charge intégrative et humaniste

Face à ce constat, que faire ? L’approche de Marie-Rose Moro est résolument optimiste et pragmatique. Elle refuse la fatalité.

 

1. Importance de l’intervention précoce

Le message clé aux parents est le suivant : ne laissez pas la situation s’installer. Plus la déscolarisation est longue, plus le retour est difficile. L’objectif est de maintenir un lien, même ténu, avec l’institution scolaire.

 

2. Le modèle de prise en charge pluridisciplinaire

On ne soigne pas une phobie scolaire seul. Moro prône une alliance thérapeutique. Cela implique :

 

  • La famille.
  • L’équipe pédagogique.
  • Les soignants (psychologues, médecins).

 

L’utilisation de dispositifs comme le PAI (Projet d’Accueil Individualisé) est encouragée pour aménager le temps scolaire.

 

3. La Maison de Solenn : un dispositif innovant

À la Maison de Solenn, l’évaluation est globale : on regarde la santé physique (pédiatrique), psychique et scolaire. Les soins peuvent aller de la simple consultation ambulatoire à l’hospitalisation de jour, où les ados reçoivent des soins tout en continuant à apprendre grâce à des enseignants détachés. Le soin intègre aussi l’art, la culture, la cuisine, pour redonner goût à la vie et au partage.

 

4. Résultats encourageants

Les études de cohortes menées par ses équipes sont rassurantes pour les parents : 83,9 % des adolescents quittent l’hôpital de jour après environ 9 mois de prise en charge. Parmi eux, 64 % reprennent une scolarité ordinaire et 26 % continuent dans un dispositif soins-études. La guérison est donc la norme, pas l’exception.

 

VI. Œuvres majeures de Marie-Rose Moro

Pour approfondir ces sujets, voici une sélection de ses ouvrages accessibles aux parents et aux professionnels en formation.

 

1. Ouvrages sur l’adolescence

Aimer l’adolescent d’aujourd’hui : un livre essentiel pour dédramatiser la relation parents-ados. Moro y explique comment maintenir le lien affectif malgré les turbulences.

 

Grandir en temps de crise : une réflexion sur comment devenir adulte dans un monde incertain (crise économique, sanitaire, écologique).

 

2. Travaux sur la clinique transculturelle

Enfants d’ici, venus d’ailleurs : indispensable pour comprendre les enjeux des enfants issus de l’immigration.

Les adolescents migrants : une analyse spécifique des traumatismes et des espoirs de ces jeunes parcours.

 

3. Publications sur la parentalité et les familles

Nos enfants demain : un plaidoyer pour une société qui prend mieux soin de sa jeunesse.

Quand l’adolescent s’enferme : ouvrage collectif traitant spécifiquement du retrait social et scolaire.

 

4. Articles scientifiques de référence

Marie-Rose Moro a contribué à de nombreuses études sur le Refus Scolaire Anxieux (RSA), analysant les trajectoires de soins et prouvant l’efficacité des thérapies multifocales.

 

VII. Une vision du soin centrée sur l’humain

Plus qu’une simple méthode médicale, Marie-Rose Moro défend une certaine posture face à la souffrance.

 

1. L’ado n’est pas une machine à réparer

À ses yeux, un jeune en difficulté n’est pas un problème qu’il faut régler d’urgence pour qu’il rentre dans le rang. C’est une personne en pleine construction. L’urgence n’est pas de le normaliser, mais de faire baisser la pression, quitte à respecter ses moments de silence.

 

2. Les parents : des alliés, pas des coupables

On a longtemps culpabilisé les familles en psychiatrie. Moro prend le contre-pied total : pour elle, on ne peut pas soigner un enfant sans ses parents. Tout le travail consiste à les remettre en selle et à leur redonner confiance, alors qu’ils se sentent souvent totalement démunis.

 

3. Une institution « ouverte »

Elle milite pour des structures qui ne font pas peur, qui sont « dans la cité ». C’est une philosophie qui résonne avec notre approche : offrir un lieu qui ressemble plus à une maison d’éducation chaleureuse qu’à une institution rigide. L’accueil et le sourire du matin participent, à leur niveau, à l’apaisement du jeune.

 

VIII. Apports aux pratiques éducatives et scolaires

L’œuvre de Marie-Rose Moro a aussi transformé la manière dont l’école appréhende la souffrance.

 

1. Rôle des enseignants dans la détection

Les enseignants sont souvent les premiers témoins. Grâce aux travaux de Moro, on insiste aujourd’hui sur le repérage des signaux faibles : un élève qui va souvent à l’infirmerie, qui s’isole à la récréation.

 

2. Coopération école–parents–soignants

 

Elle a démontré que le secret de la réussite est le décloisonnement. L’école doit rester à sa place d’école, mais doit savoir dialoguer avec les familles et, si nécessaire, avec les thérapeutes extérieurs qui suivent l’élève. Ce dialogue constant est au cœur du projet pédagogique de l’École Maigret.

3. Importance du climat scolaire

Enfin, elle rappelle que la prévention passe par la bienveillance. Un climat scolaire inclusif, qui lutte contre le harcèlement et valorise les talents divers (pas seulement les notes), est le meilleur rempart contre la phobie scolaire.

 

IX. Impact sociétal et médiatique

Marie-Rose Moro ne reste pas dans son cabinet. Elle occupe l’espace médiatique pour porter la voix des adolescents.

 

1. Présence dans les médias

À travers ses chroniques radio ou ses tribunes dans la presse, elle vulgarise la pédopsychiatrie. Elle a grandement contribué à changer le regard du public français sur la dépression adolescente et les phobies scolaires, les faisant passer de sujets tabous à des enjeux de santé publique.

 

2. Influence sur les politiques publiques

Son expertise est régulièrement sollicitée par les ministères de la Santé et de l’Éducation Nationale. Le déploiement des Maisons des Adolescents en France est en grande partie le fruit de son engagement pour une politique de santé mentale accessible et gratuite pour les jeunes.

 

X. Conclusion : l’héritage et la portée du travail de Marie-Rose Moro

En résumé, l’œuvre de Marie-Rose Moro est une ressource documentaire riche pour quiconque cherche à comprendre les mécanismes de la phobie scolaire d’un point de vue clinique.

 

S’il ne fallait retenir qu’une chose pour les familles, c’est que la fatalité n’existe pas. La phobie scolaire est une épreuve, mais des solutions existent.

 

Sur le plan thérapeutique, des spécialistes comme le Dr Moro existent pour le soin psychique. Sur le plan scolaire, des structures comme l’École Maigret sont là pour prendre le relais éducatif. Notre mission de Lycée est de prouver à votre enfant que malgré ses difficultés passagères, il a toute sa place dans un cursus général et qu’il peut, lui aussi, construire son avenir et obtenir son Bac.

Lycéenne - Ecole Maigret

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